shadow_left
Logo
Shadow_R
Sainte Thérèse, une carmélite chez les militaires Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Sainte Thérèse
une carmélite chez les militaires

Avec l’automne, revient une saison riche en fêtes patronales pour les militaires à commencer par les saints archanges le 29 septembre et, particulièrement, saint Michel célébré par les parachutistes de toutes nos armées[1].

Sans vouloir aucunement nous détourner de ce juste culte de nos saints patrons dûment reconnus, il me plaît d’inviter à considérer une sainte aujourd’hui bien connue, mais peut-être pas assez dans ses liens avec le monde militaire, les soldats et leurs aumôniers. Je veux parler de sainte Thérèse de Lisieux que nous fêtons le 1er octobre.

Un guerrier mû par l’amour

1 - A priori, même reconnue comme Docteur de l’Eglise (par le pape Jean-Paul II), Thérèse de Lisieux, dans sa vocation de carmélite, peut sembler bien étrangère au monde militaire. Je crois au contraire qu’elle peut lui apporter éclairage et soutien.

1.1 - Dans un texte célèbre de son autobiographie, Thérèse s’exclame : « Etre ton épouse, ô Jésus, être carmélite, être par mon union avec toi la mère des âmes, cela devrait me suffire … il n’en est pas ainsi … Sans doute, ces trois privilèges sont bien ma vocation, Carmélite, Epouse et Mère, cependant je sens en moi d’autres vocations, je me sens la vocation de guerrier, de prêtre, d’apôtre, de docteur, de martyr ; enfin, je sens le besoin, le désir d’accomplir pour toi Jésus, toutes les œuvres les plus héroïques … Je sens en mon âme le courage d’un Croisé, d’un Zouave pontifical, je voudrais mourir sur un champ de bataille pour la défense de l’Eglise … »[2]

Certes, nous connaissons la suite et l’aboutissement de cette recherche de Thérèse sur sa vocation : « Je compris que l’amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux … en un mot, qu’il est éternel ! … Ma vocation, c’est l’amour !... »[3]

Etre « guerrier » -puisque c’est le mot ‑peut-être rude à nos oreilles- qu’utilise Thérèse, ou zouave -ce qui fait plus exotique mais avec tout de même la perspective redoutable de « mourir sur un champ de bataille », tout cela peut donc, selon Thérèse, participer à l’élan de cette suprême vocation, l’amour, la charité. Choisir d’« être guerrier » n’est donc pas de soi le fruit de la haine de l’ennemi, mais possiblement de l’amour pour « défendre » -défendre l’Eglise dit en l’occurrence Thérèse-, mais on conçoit bien que cette défense peut avoir un objectif plus large et d’ailleurs non contradictoire, défendre la Patrie (défendre la population et le territoire dit le Livre Blanc)[4].

Il n’est sans doute pas évident d’être guerrier, de « faire la guerre », en étant porté par l’amour plutôt que par la haine, l’esprit de revanche ou la volonté de puissance. Cependant, reconnaissons que l’amour qui nous fait désirer la justice, la liberté, la paix ‑autant d’attributs de Dieu- est le seul levier définitivement puissant pour motiver le combattant jusqu’à accepter de donner sa vie.

Courage et détermination

1.2 -  Portée et nourrie par l’amour, Thérèse témoigne d’un grand courage, d’une détermination sans faille dans les combats qu’elle a à mener et qu’elle décrit volontiers avec un vocabulaire militaire :

« Si nous sommes aux prises avec une âme désagréable, ne nous rebutons pas, ne la laissons jamais. Ayons toujours « le glaive de l’esprit » à la bouche pour la reprendre de ses torts ; ne laissons pas aller les choses pour conserver notre repos ; combattons toujours même sans espoir de gagner la bataille. Qu’importe le succès ? Ce que le bon Dieu nous demande c’est de ne pas nous arrêter aux fatigues de la lutte, c’est de ne pas nous décourager en disant : ‘Tant pis ! Il n’y a rien à en tirer, elle est à abandonner.’»[5].

Certes, le courage ne survient pas tout seul, il nous appartient de faire comme dit Thérèse un grand effort pour acquérir par étapes cette force morale nécessaire au combattant : « Bien des âmes disent : Mais je n’ai pas la force d’accomplir un grand sacrifice. Qu’elles fassent donc ce que j’ai fait : un grand effort. Le bon Dieu ne refuse jamais cette première grâce qui donne le courage d’agir ; après cela le cœur se fortifie et l’on va de victoires en victoires ».[6]

C’est cette volonté ferme et persévérante qui donne sa vigueur au combattant et qui l’exonère de la peur : « -Un soldat n’a pas peur du combat et je suis un soldat. - Est-ce que je n’ai pas dit que je mourrai les armes à la main ? »[7]

Mourir sur un champ de bataille

1.3 – Thérèse, qui voulait « mourir sur un champ de bataille » « les armes à la main », peut nous paraître forcer la note ou être quelque peu exaltée ce disant : il est bien facile de souhaiter la mort quand on n’y est pas exposé diront certains. Certes. Mais Thérèse n’ignore pas la souffrance, celle du deuil -de sa mère en particulier- ; elle ne parle pas à la légère et surtout elle considère –toujours portée par l’amour et la foi-, la mort comme un aboutissement, une libération, une rencontre : « Je voudrais vous dire mille choses que je comprends, étant à la porte de l’éternité ; mais je ne meurs pas, j’entre dans la vie »[8]. Ailleurs, elle note aussi « comme c’est drôle d’avoir peur de mourir !… Enfin, quand on est marié, qu’on a un mari et des enfants, ça se comprend ; mais moi qui n’ai rien !... »[9]

Thérèse qui voulait être « guerrier » mais qui n’a conduit que des combats intérieurs parle cependant au guerrier d’aujourd’hui muni de son lourd équipement de combat, mais peut-être pauvre de cette force intérieure plus nécessaire encore dont témoigne Thérèse : le courage.

La détermination au combat, un regard apaisé sur la mort qui guette le combattant et surtout la source puissante de cette ardeur combative, l’amour : voilà ce dont témoigne Thérèse. A ceux qui se trouvent tout à coup plongé dans des opérations de guerre dont la rudesse nous surprend et nous bouscule parfois, Thérèse, guerrier et docteur -nouveau Cofat[10]- offre son témoignage et son soutien.

2 – Thérèse de Lisieux vis-à-vis du monde combattant n’est pas seulement « docteur » à travers le témoignage de sa vocation et de sa vie, elle est aussi celle qui intercède en faveur de ceux qui l’invoquent, des militaires en particulier. Et cette intercession n’est pas sans effet comme de nombreux exemples le manifestent largement. Prenons-en trois : le premier concernant un aumônier militaire fameux de la 1ère guerre mondiale, le second un jeune religieux mobilisé en 1914, enfin un troisième concernant un soldat allemand infirmier durant la 2ème guerre mondiale.

Sainte Thérèse à Verdun

On connaît bien la protection que sainte Thérèse octroya au Père Daniel Brottier durant la guerre, et spécialement pendant les grandes attaques sur Verdun à l’été 1917. On cite en particulier son audace, lors d’une attaque le 21 août, pour aller rechercher un blessé devant les lignes et les mitrailleuses allemandes, avec, pour seule protection visible, un drapeau de la croix rouge au bout d’un bâton. Cela lui valut le surnom « d’aumônier verni » de la part de ses poilus du 121ème R.I.

Après la guerre, Mgr Jalabert, alors qu’on félicitait le Père Brottier d’avoir tout au long du conflit échappé à la mort, lui révéla la source de sa protection. Le Père Yves Pichon rapporte ce dialogue entre l’évêque de Dakar et le Père Brottier :

« - Cher Père, vous êtes-vous douté que vous devez votre sauvegarde sur le front à une protection miraculeuse ?

- Non.

- Eh bien, regardez !

- Et l’évêque lui montra dans son bréviaire une image de sœur Thérèse accompagnée d’une photographie du Père Brottier, au bas de laquelle Mgr Jalabert avait écrit : « Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, ramenez-nous le Père Brottier vivant de cette guerre »[11].

Sainte Thérèse chez les crocodiles

Le Père Léon Bourjade[12], jeune novice de la congrégation des missionnaires du Sacré-Cœur d’Issoudun, se trouve plongé dès 1914 dans la guerre, comme artilleur puis, à partir de 1917, il est affecté dans l’aviation à l’escadrille des crocodiles, au sein de laquelle il deviendra célèbre par ses nombreuses victoires en combat aérien, acquises au prix d’une folle audace, et de la protection de sainte Thérèse.

Très tôt, au noviciat, Léon découvrait l’Histoire d’une âme, l’autobiographie de sainte Thérèse. Il se confie à elle et note dans son carnet spirituel « Chère sœur Thérèse, il faut que moi aussi je devienne un saint ! »[13]

A la déclaration de la guerre, il demande au Carmel de Lisieux que lui soit adressée une relique de sainte Thérèse pour sa protection dans les combats. A son frère qui est envoyé à Verdun, il recommande aussi de se confier à la garde de sainte Thérèse. Une fois promu pilote, il fixe sur le fuselage de son spad le portrait de sa chère protectrice, ainsi qu’un fanion français orné du Sacré-Cœur. Dans chaque combat, il se confie à Thérèse, et en sort indemne. En signe de reconnaissance, il accomplira un pèlerinage à Lisieux après la guerre et déposera aux pieds de Thérèse toutes ses décorations.

Une fois démobilisé, il retourne à la préparation de son projet missionnaire -il sera envoyé en Papouasie-, se confiant toujours fidèlement à sainte Thérèse, jusqu’à sa mort en 1924.

Le conseil de Thérèse au Pape Pie XII

Thérèse qui avait particulièrement prié pour les prêtres (c’est faire le commerce en gros, disait-elle) -ou les futurs prêtres-, va ainsi venir en aide au cours du 2ème conflit mondial, à un autre militaire, un jeune franciscain allemand, Géréon Goldmann, mobilisé au cours de ses études en vue du sacerdoce. Lui aussi connaît sainte Thérèse et se souvient de la détermination de Thérèse pour obtenir la permission du pape d’entrer, malgré son jeune âge au Carmel. Cela l’inspirera. Frappé par la misère spirituelle des soldats privés de l’Eucharistie, y compris au moment de leur mort, faute de prêtres, il parvient de façon rocambolesque jusqu’à Pie XII, fin 1943, et, ayant prié sainte Thérèse, obtient du Saint-Père l’autorisation impensable d’être ordonné sans avoir terminé ses études en théologie en raison des urgences pastorales résultant de la guerre. Ce n’est qu’une fois prisonnier, en 1944, que, de fait, il put être ordonné. Cela lui permit de faire bénéficier ses compagnons de captivité, en Afrique du Nord puis en France, de son ministère pendant plusieurs années avant de partir, une fois libéré et ses études terminées, en mission au Japon, cela malgré quelques ultimes tribulations au sein de son ordre, dont Thérèse sut encore le tirer[14].

Patronne des missions, Thérèse gardait sans doute « quelques visées » sur ce prêtre en faveur des missions lointaines où elle avait tant désiré pouvoir œuvrer.

Exemple remarquable de détermination et de courage dans les combats de sa vie, mais aussi de fidélité à intercéder en faveur de ceux qui se dévouent eux-mêmes sans compter à leur mission, sainte Thérèse de Lisieux, mérite l’attention des militaires projetés dans des opérations sans cesse plus rudes. En la fréquentant plus assidument, chacun pourra en sus s’enrichir de sa sagesse, pour affronter les épreuves et la souffrance, et de son art d’être heureuse au milieu des tribulations quotidiennes.

Patrick LE GAL

Evêque aux Armées Françaises


 

[1] La 1ère célébration eut lieu à Hanoï au printemps 1948.

[2] Manuscrits autobiographiques, fol. 2 v°, p. 226

[3] Ibid. fol. 3 r°, p. 229

[4] Défense et Sécurité Nationale, Le Livre Blanc, Paris 2008, page 63

[5] Derniers entretiens -carnet jaune- 6 avril 1897, n° 2

[6] Derniers entretiens -carnet jaune - 8 août 1897, n° 3

[7] Derniers entretiens, par sœur Marie du Sacré Cœur - 8 juillet, n° 1

[8] Lettre n° 244

[9] Derniers entretiens -carnet jaune- 27 août, n° 1

[10] C.O.F.A.T. : Commandement de la Formation de l’Armée de Terre.

[11] Yves Pichon, Le Père Brottier – 1876 – 1936, p. 54-55. Le Père Brottier, en reconnaissance, fit le vœu de construire une chapelle dédiée à sainte Thérèse, vœu qu’il accomplit avec la construction de la chapelle de l’œuvre des Orphelins Apprentis d’Auteuil.

[12] Concernant Léon Bourjade, voir l’article de C.-.M. d’Eysmond, L’aviateur de sœur Thérèse, Sedes Sapientiae 103, pp. 61-80, que nous remercions ici pour sa disponibilité à compléter notre information.

[13] Cf. G. Norin, m.s.c., Bourjade le Papou, Issoudun, Archiconfrérie de Notre-Dame du Sacré-Cœur, 1934, p. 57.

[14] Cf. Géréon Goldmann, Un Franciscain chez les S.S., Editions de l’Emmanuel / Editions du Jubilé, Paris 2008, pp. 162-163. Géréon Goldman fit alors le vœu de se rendre sur la tombe de sainte Thérèse s’il était exaucé. Il accomplit son vœu en 1945 alors qu’il était encore prisonnier au séminaire des Barbelés à Chartres (cf. ibid p. 310).

 
Accueil Ste Thérèse Contact Extraits sonores Liens Informations légales

Le référenceur des meilleurs sites catholiques francophones